3 ou 12 heures… même salaire ?

Publié le par Paroisse Leguevin

  3 ou 12 heures… même salaire ?

ANNEE A / 25° Dimanche du Temps Ordinaire  Léguevin 19 et 20  Septembre 2020

 

 

La Parabole que nous venons d'entendre est le type même du texte difficile à recevoir parce qu'il contredit radicalement nos manières habituelles de raisonner. Dans le cadre de nos activités professionnelles, nous n'accepterions pas de voir figurer au bas des bulletins de paie la même somme pour celui qui a travaillé les 150 heures mensuelles et pour celui qui, dans le même mois, n'a travaillé que 15 heures. D'ailleurs quel employeur aurait l'idée d'un pareil défi aux exigences de la rentabilité économique, sans parler de celles de la justice sociale ?

 

      Forts de cette évidence, nous réduisons volontiers la parabole à n'être qu'une métaphore historique, une image. Les travailleurs qui « ont enduré le poids du jour et de la chaleur » seraient les Juifs de l'Ancienne Alliance. Ceux de la onzième heure, seraient les païens appelés au salut par une libre décision de Dieu en dehors de la promesse.

            On peut également, à travers cette parabole, penser aux différents âges d'une vie d'homme. Certains d'entre nous, « ouvriers embauchés au petit jour pour la vigne du Maître », sont attachés au Seigneur depuis leur enfance et s'efforcent, leur vie durant, de respecter les commandements de Dieu. D'autres se sont convertis à telle ou telle étape de leur existence, ouvriers de la 3°, de la 6° ou de la 9° heure. D'autres enfin ne découvriront qu'à leurs derniers instants l'Evangile du salut. Mais à tous, il sera donné de partager la même joie du Royaume de Dieu.

     

            Mais, il nous faut entrer encore plus dans la parabole. Elle nous introduit au coeur du mystère de Dieu. Elle nous dit que la logique de Dieu n'est pas la nôtre. Elle n'est pas celle du calcul mais du don gratuit. Elle n'est pas celle du marché mais celle de l'amour.

            Nos amours d'hommes et de femmes sont d'ailleurs parfois des reflets de cet amour de Dieu. L'enfant le plus aimé, dans une famille, n'est pas le plus brillant, celui à qui tout réussit. Il est souvent le plus fragile à qui l'on voudrait éviter l’échec… ou il est le plus difficile qu'on voudrait retenir alors que le danger le guette. Et il ne nous viendrait pas à l’esprit de dire à de tels parents qu’ils sont injustes. Bien au contraire, nous serions en admiration devant leur amour infini !

            Soyons également en admiration devant l’amour infini de Dieu. Avec le prophète Isaïe émerveillons-nous de cette miséricorde de Yahvé à qui il fait dire : « mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins. » 

 

            Sachons ouvrir nos yeux et notre cœur à ceux qui ne pensent pas toujours comme nous, à ceux que nous appelons les membres de « l’Eglise du Seuil ». Eux aussi sont appelés par le Seigneur. Ils sont peut‑être aussi, par leurs questions en train de contribuer à la construction d'une Eglise tout autre.

            Dieu nous interpelle, nous interroge par tous ceux à qui nous donnons peu la parole : les malades, les jeunes, les travailleurs étrangers, les souffrants de toutes sortes. Saurons‑nous leur reconnaître cette première place que Dieu leur réserve et que nous croyons pouvoir occuper ?

            Tous les hommes sont appelés à la vigne du Maître. Tout homme a reçu des talents qui pour­raient servir au bien de tous. Sachons-nous réjouir de la grâce qui leur est faite par Dieu !

 

            Laissons‑nous donc interpeller par le Maître de la Vigne. Chacun de nous, là où il est, laïc ou religieux religieuse, prêtre ou diacre, jeunes ou adultes… par les choix et les engagements de sa vie quotidienne est appelé à construire patiemment le Royaume de Dieu, avec ses frères les hommes qu’il rencontre dans la vie quotidienne ou au sein du Peuple de Dieu qu’il rencontre le dimanche en communion avec le Christ.

 

            Que le partage eucharistique nous soit tout à l'heure force et lumière. Le Christ nous partage son Corps et son Sang pour qu'à notre tour nous devenions, en tous domaines, le Peuple du Partage. Accueillons en nous les manières de Dieu, qui sont d’aimer sans mesure avec la démesure de la grâce.

 

Publié dans Mot Père Philippe

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