Aimer sans frontières !

ANNEE A. 7° Dimanche du Temps Ordinaire. Léguevin. 22 et 23 Février 2014

 

N’est-il pas normal de se défendre quand on est attaqué ? N’est-il pas normal de détester ceux qui nous font du mal ? Et pourtant, aujourd’hui, Jésus vient nous révéler une morale nouvelle, qui surpasse nos manières habituelles d’agir : tendre l’autre joue à celui qui nous gifle… prier pour ceux qui nous font mal.

 

Il est évident que lorsqu’on est victime d’une injustice, quelle qu’elle soit, on éprouve un besoin de rendre coup pour coup et de faire subir un mal plus grand encore à celui qui nous a agressés. Nous entrons alors dans un cercle vicieux de violence duquel il est difficile de sortir.

 

Ainsi le principe biblique « œil pour œil, dent pour dent » avait le mérite de limiter la vengeance à outrance, telle qu’elle se pratiquait selon la « loi de Lamek » qui autorisait la vengeance jusqu’à soixante-dix-sept fois » (Gn 4/23-24).

 

Mais « tendre l’autre joue », se laisser dépouiller de son manteau, accéder à une demande onéreuse sans protester ou refuser, est-ce bien réaliste ? N’est-ce pas plutôt utopique, voire dangereux, car à ce jeu-là les « agneaux » se feront fatalement dévorer par les « loups ».

 

Un fait évangélique nous éclaire : durant la Passion, un des gardes a giflé Jésus sans raison. Celui-ci n’a pas tendu physiquement l’autre joue, mais il ne s’est pas vengé de ce geste accompli par excès de zèle. Il a réagi et a simplement et calmement demandé à l’homme le pourquoi de son geste. Jésus ne nous invite pas à un comportement de faible qui accepterait sans broncher une injustice.

 

Il nous demande de « triompher du mal par le bien » (Rm 12/ 21) et ce n’est pas facile. Il faut beaucoup de courage et une conviction à toute épreuve. Pensons à tous ceux qui ont préféré la non-violence à la tyrannie et à l’oppression. Rendons hommage à Gandhi, à Martin Luther King et à bien d’autres dont les participants au cercle du silence sur la Place du Capitole de Toulouse.

 

N’oublions jamais que Jésus, le premier, avant de nous le demander, a aimé ses persécuteurs. Le corps du Christ auquel nous communions à chaque Eucharistie, c’est ce corps flagellé et crucifié qui ne rendait pas les coups mais trouvait la force de répéter : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23/34).

 

Avec cette attitude de Jésus nous rejoignons le texte d’aujourd’hui : « Si vous aimez ceux qui vous aiment… que faites-vous là d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?  »Jésus propose, c’est clair, un comportement moral extra-super-ordinaire : la solidarité ordinaire, le service des autres ne suffisent pas. Des païens, dit Jésus, peuvent vivre entre eux ce type de solidarité, qui n’est pas mauvaise mais qui est insuffisante quand elle ne dépasse pas les affinités naturelles ! L’amour spontané, pour ceux de notre petit entourage, n’est encore qu’un amour humain, naturel ! L’amour divin répondant à la recommandation de Jésus « Soyez parfaits comme votre Père céleste ! » cet amour divin est un amour sans frontières, qui englobe même l’ennemi… C’est l’amour de Dieu en croix qui donne sa vie non seulement pour ceux qui Le reconnaissent mais aussi pour ceux qui ne L’aiment pas..  

 

Le thème de ce dimanche nous parlant beaucoup de l’amour que nous devons avoir les uns pour les autres, nous donne l’occasion de repréciser le sens du geste de paix auquel nous sommes conviés avant la communion. Selon la Présentation Générale du Missel Romain, « il convient que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui se trouvent le plus près »  Le geste de paix n’est pas une simple salutation à ceux que l’on aime bien, mais l’expression du désir de vivre en paix avec tous, au-delà de nos différences.

 

Cette semaine, essayons de mettre plus d’amour dans nos relations. Soignons spécialement nos poignées de main, notre manière de parler aux autres. Confions au Seigneur « ceux que nous aimons et ceux que nous n’aimons pas assez. » (Prière Eucharistique pour assemblées d’enfants II)