Qui faut-il servir ?

 

ANNEE A. 08° Dimanche du Temps Ordinaire. LEGUEVIN. 1° et 2 Mars 2014

 

 

Chaque matin, en ouvrant le journal, la rubrique des faits divers nous relate les méfaits de l’emprise de l’argent exercée sur les êtres humains avec les résultats que l’on sait : attaques à main armée, vols, délits, malversations, etc… etc…

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous avertit : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent ! »

 

Attention, l’Argent (avec une majuscule) ne me paraît pas du tout être la même chose que l’argent (avec une minuscule), c’est-à-dire les billets de banque et les pièces de monnaie dont je me sers quotidiennement pour mes achats.

Jésus lui-même utilisait les monnaies de son époque remise par les clients de l’atelier et utilisées pour se procurer les bois et les outils. Dans les paraboles, il décrit la joie de la ménagère qui retrouve sa pièce égarée ; il connaît la valeur de la pièce d’argent reçue par chaque journalier travaillant à la vigne ; il ne félicite pas le serviteur craintif et paresseux incapable de faire fructifier le « talent » confié par le maître.

Cet argent-là est sacré puisqu’il est empreint de toute la dignité de l’homme au travail. Gagné honnêtement, il est le juste salaire qui lui permet de vivre, de faire vivre les siens et de se procurer les moyens de grandir en liberté et en humanité. En être privé est une injustice.

On peut aussi faire beaucoup de bien avec cet argent. Les associations caritatives ou d’intérêt public en ont besoin. Il n’est pas possible de donner pour tout et à tous, mais notre budget « chrétien » doit comporter une part pour les pauvres. C’est l’argent dit du « Bon Samaritain » donné à l’aubergiste pour le blessé de la route. «  C’est parce qu’on aime quelqu’un qu’on lui fait des cadeaux » nous dit le pape François dans son exhortation apostolique qui poursuit en disant « les pauvres, nous pouvons les accompagner comme il convient sur leur chemin de libération. »

 

La difficulté que nous avons avec l’argent c’est son utilisation. Servir l’Argent au lieu de s’en servir fait entrer en esclavage. On recherche alors en lui un instrument de puissance dont on attend qu’il permette non seulement de tout avoir, mais de tout pouvoir. On en devient la première victime.

Quand ce vertige saisit un homme ou une femme, son humanité se dégrade. Pour l’Argent qui le possède, il est capable des pires bassesses. Plus rien d’autre ne compte que son « idole » qui lui dévore le cœur et à laquelle il sacrifie tout le reste : affection, amitié et honneur… Il devient dur, citoyen d’un « univers impitoyable ». Ses pensées s’y investissent totalement. Il accumule ce qui l’enchaîne. Il est sous l’influence d’une drogue dont il est perpétuellement en manque et qui le détruit.

 

Aujourd’hui nous est donné l’occasion de nous interroger personnellement sur notre rapport à l’argent. Nous pouvons dériver insensiblement d’abord dans notre tête et dans notre cœur, puis dans nos comportements. Il faut réagir assez tôt, avant que le piège ne se referme.

Le Christ nous met en garde : « Ne vous faites pas tant de souci pour demain ! » Ne croyons pas qu’il nous recommande l’insouciance ou la paresse. Il sait bien que nous ne pouvons pas oublier les préoccupations du « pain quotidien ». Ce qu’il veut nous éviter, c’est le « tant » de souci, c’est-à-dire une inquiétude angoissée qui nous empêche du vivre et d’aimer.

Prendre le temps de regarder et de s’émerveiller, le temps de donner et d’aimer, le temps d’apprécier le présent, est une forme de la qualité de vie.

 

Concrètement, pour cette semaine, je pourrai prendre mon agenda… Et je me demande ce que Jésus dirait de mon emploi du temps. Il me souhaite attentif aux autres, sans « stress », sans « inquiétude ». Dans la prière, je dépose mes soucis, mes anxiétés, dans les mains de Dieu sans oublier de prendre le temps de lui confier tous ceux qu’il me demande de servir tant par mon argent que par mon amitié, mon attention et ma bienveillance !